Qualiopi et handicap ne renvoient pas à une simple formalité documentaire. Mis côte à côte, ces deux mots engagent la capacité réelle d’un organisme de formation à accueillir, accompagner et, si besoin, orienter les personnes en situation de handicap.

Depuis l’entrée en vigueur de la certification obligatoire au 1er janvier 2022, l’enjeu ne se limite pas à l’indicateur 26 : il irrigue plusieurs points du référentiel, du recueil des besoins à l’adaptation pédagogique, jusqu’aux preuves attendues en audit.

Qualiopi et handicap | Indicateur 26 expliqué

Temps de lecture : ~7 min

  1. Le cadre légal qui structure tout
  2. Qualiopi et handicap : bien plus que l’indicateur 26
  3. Le référent handicap dans Qualiopi : un rôle qui engage
  4. Ce que l’auditeur Qualiopi va regarder sur le handicap
  5. Comment construire une démarche d’accessibilité efficace
  6. L’aspect humain que la norme ne dit pas toujours
  7. Aller plus loin avec Qualiopi et handicap
  8. Questions fréquentes sur Qualiopi et handicap

La définition légale du handicap

Avant de parler d’indicateurs et d’audit, il faut revenir à la définition légale du handicap. La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées définit le handicap comme toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société, résultant d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. Cette définition est volontairement large et couvre des situations très diverses : trouble dys, pathologie chronique, handicap moteur, déficience auditive ou visuelle, trouble psychique.

La loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018, dite loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, a instauré l’obligation de certification Qualiopi pour les prestataires de formation, organismes de bilan de compétences, organismes de VAE et CFA souhaitant accéder aux financements publics ou mutualisés. Qualiopi repose sur un référentiel national qualité unique composé de 7 critères et d’un ensemble d’indicateurs communs et spécifiques.

Dans cette logique, le handicap n’est pas traité comme un sujet à part : il fait partie de la structure même du référentiel et de l’attention portée à l’accessibilité des parcours.

Qualiopi et handicap : bien plus que l’indicateur 26

Des indicateurs multiples liés au handicap

L’indicateur 26 est souvent présenté comme l’« indicateur handicap » de Qualiopi. Il constitue bien le point central du dispositif : le prestataire mobilise les expertises, outils et réseaux nécessaires pour accueillir, accompagner, former ou orienter les publics en situation de handicap.

qualiopi et handicap

Mais s’arrêter à cet indicateur serait une lecture réductrice du référentiel. Selon plusieurs acteurs spécialisés, le handicap apparaît explicitement dans au moins seize indicateurs sur trente-deux. Autrement dit, l’accessibilité et l’inclusion traversent l’ensemble de la démarche qualité.

Indicateur 1 : l’organisme diffuse une information claire, détaillée et vérifiable sur ses prestations, y compris les modalités d’accessibilité aux personnes en situation de handicap. Cela concerne le site web, les fiches programme et les supports commerciaux.

Indicateur 4 : lorsque l’organisme accueille des personnes en situation de handicap, il démontre qu’il prend en compte les besoins en compensation, qu’il s’agisse de pédagogie adaptée, de matériel spécifique ou de moyens humains.

Indicateur 6 : les contenus et modalités de mise en œuvre de la prestation sont adaptés aux objectifs et aux publics, ce qui inclut la prise en compte des besoins spécifiques liés au handicap.

Indicateur 10 : l’accessibilité globale des prestations est assurée, qu’il s’agisse des locaux, des équipements ou des outils pédagogiques, avec une attention portée à l’amélioration continue.

L’indicateur 26 est donc un point de convergence, mais il s’appuie sur un socle plus large. Un organisme qui traite le handicap uniquement dans une procédure dédiée, sans l’intégrer dans ses fiches programme, son recueil des besoins et ses modalités d’évaluation, ne répond pas pleinement à l’esprit du référentiel.

Le référent handicap dans Qualiopi : un rôle qui engage

La désignation d’un référent handicap est la clé de voûte de la démarche d’accessibilité dans Qualiopi. Ce n’est pas une formalité administrative. Le référent handicap pilote l’accessibilité au sein de l’organisme, coordonne les aménagements et entretient la relation avec les partenaires externes.

Ses missions couvrent plusieurs dimensions : informer et sensibiliser l’équipe pédagogique et administrative sur les problématiques de handicap et les obligations légales ; identifier les besoins dès la phase de recueil des besoins, avant même la signature de la convention de formation, pour anticiper les adaptations nécessaires ; proposer des aménagements raisonnables adaptés à chaque situation ; mobiliser un réseau de partenaires spécialisés lorsque les besoins dépassent les capacités internes ; garantir la traçabilité des actions et préparer les éléments de preuve pour l’audit Qualiopi.

Le référent handicap n’a pas besoin d’être un expert clinique du handicap. En revanche, il doit connaître les ressources disponibles, savoir poser les bonnes questions à un apprenant et disposer d’une légitimité interne suffisante pour faire évoluer les pratiques. Certains organismes de formation insistent aussi sur l’indicateur 20 du référentiel, en lien avec l’accueil des publics spécifiques.

Bon à savoir
La désignation du référent handicap doit être formalisée et visible : son nom et ses coordonnées doivent apparaître sur les supports d’information destinés aux apprenants, notamment sur le site internet de l’organisme et dans les fiches programme.

Ce que l’auditeur Qualiopi va regarder sur le handicap

Lors d’un audit Qualiopi, initial ou de surveillance, l’auditeur cherche des preuves tangibles. La bonne intention ne suffit pas : il faut des traces, des documents et des pratiques observables.

Principaux points de contrôle de l’audit Qualiopi sur le handicap
Point de contrôleIndicateur(s) concerné(s)Exemples de preuves attendues
Information sur l’accessibilitéIndicateur 1Mention sur le site web, fiches programme avec coordonnées du référent handicap
Recueil des besoins en amontIndicateurs 4 et 6Questionnaire de positionnement incluant une question sur le handicap, échanges tracés avec l’apprenant
Aménagements pédagogiques réalisésIndicateurs 6 et 26Supports adaptés, conventions modifiées, comptes rendus d’entretiens avec l’apprenant
Référent handicap identifiéIndicateur 26Fiche de poste ou lettre de mission, nom visible sur les supports publics
Réseau de partenaires mobiliséIndicateur 26Conventions avec Agefiph, Cap emploi, MDPH ou associations spécialisées, courriers d’orientation
Démarche de progrès sur l’accessibilitéIndicateurs 10 et 26Plan d’actions handicap, indicateurs de suivi, comptes rendus de revue de direction intégrant le sujet

L’auditeur vérifie aussi la cohérence entre ce que l’organisme affiche et ce qu’il fait réellement. Un organisme qui se dit accessible à tous les publics, mais qui n’a jamais formalisé de procédure d’accueil, désigné de référent ou établi de partenariat, sera en difficulté.

Comment construire une démarche d’accessibilité efficace

Les grandes étapes d’une démarche d’accessibilité

Une démarche d’accessibilité utile ne se construit pas en quelques jours avant un audit. Elle se structure progressivement, à partir d’un diagnostic honnête de la situation de l’organisme.

qualiopi et handicap

La première étape consiste à réaliser un diagnostic d’accessibilité : quels types de handicap votre organisme est-il susceptible de rencontrer au regard de vos publics et de vos thématiques de formation ? Quels sont vos locaux, vos outils numériques, vos supports pédagogiques ? Quelles sont les pratiques actuelles de vos formateurs face à une situation de handicap ?

La deuxième étape est la désignation et la formation du référent handicap. Cette personne doit comprendre son rôle, disposer de temps pour l’exercer et connaître les ressources disponibles localement.

La troisième étape est la mise à jour des documents et supports : fiches programme, règlement intérieur, questionnaire de recueil des besoins, convention de formation. La mention de l’accessibilité et les coordonnées du référent handicap doivent y figurer.

La quatrième étape est la construction d’un réseau de partenaires. Vous n’avez pas à tout faire seul. L’Agefiph, la MDPH, Cap emploi et les associations spécialisées selon les types de handicap rencontrés peuvent aider à trouver des solutions adaptées pour vos apprenants.

La cinquième étape est la mise en place d’une démarche de progrès : un plan d’actions handicap avec des objectifs mesurables, des indicateurs de suivi et un point régulier en revue de direction. Cette logique d’amélioration continue rejoint la manière dont on pilote des systèmes de management plus globaux ; si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi lire cet article sur les systèmes de management et leur pilotage.

Étapes d’une démarche d’accessibilité Qualiopi
ÉtapeActionRésultat attendu
DiagnosticAnalyser les publics, les locaux, les outils et les pratiquesIdentifier les besoins et les écarts
Référent handicapFormaliser la mission et le temps allouéUn pilote clair et reconnu
DocumentsMettre à jour programmes, règlement intérieur, questionnaire et conventionUne information accessible et cohérente
PartenariatsMobiliser Agefiph, MDPH, Cap emploi et associationsDes solutions d’orientation et d’adaptation
ProgrèsSuivre un plan d’actions et le revoir régulièrementUne amélioration continue visible en audit

Si vous cherchez à structurer le suivi de vos actions ou à gagner en efficacité dans le pilotage, l’intelligence artificielle peut aussi devenir un appui utile, à condition de rester au service de la démarche humaine et non de la remplacer.

À retenir
Un organisme de formation qui n’a jamais accueilli de personne en situation de handicap n’est pas dispensé des exigences Qualiopi. Il doit démontrer qu’il est organisé pour le faire si la situation se présente, et qu’il sait vers qui orienter l’apprenant si ses ressources internes sont insuffisantes.

L’aspect humain que la norme ne dit pas toujours

Derrière les indicateurs et les preuves d’audit, il y a des personnes. Un apprenant qui hésite à mentionner son handicap par crainte d’être mal accueilli ou de se voir refuser l’accès à une formation. Un formateur qui ne sait pas comment adapter sa pédagogie face à un trouble dys ou une pathologie chronique. Un responsable de formation qui découvre la situation le premier jour et improvise.

La démarche Qualiopi sur le handicap ne vise pas à transformer votre organisme en structure spécialisée. Elle vise à ce qu’il soit organisé, informé et connecté aux bons partenaires pour que l’accueil d’une personne en situation de handicap ne soit pas une improvisation mais une pratique maîtrisée.

C’est ce que l’on appelle un organisme « handi-accueillant » : pas nécessairement équipé pour tout, mais capable de poser les bonnes questions, d’écouter, d’adapter et d’orienter. Cette posture peut aussi gagner en justesse grâce à un regard extérieur d’un coach, notamment lorsqu’il s’agit de revisiter les habitudes et d’ouvrir d’autres possibles.

Elle envoie enfin un signal fort à vos apprenants, à vos financeurs et à vos partenaires : votre organisme prend au sérieux la diversité des publics qu’il peut former, et la qualité de l’expérience apprenant n’est pas réservée à ceux qui n’ont pas de besoins spécifiques.

Si vous souhaitez aller plus loin sur la façon dont les systèmes de management peuvent devenir de vrais outils de pilotage plutôt que des contraintes administratives, vous pouvez consulter cet article sur les liens entre numérique, risques et management : quand le numérique devient un risque systémique.

Aller plus loin avec Qualiopi et handicap

Qualiopi et handicap ne forment pas un sujet réservé aux grandes structures ou aux organismes spécialisés. Tout organisme de formation certifié ou en cours de certification est concerné, quelle que soit sa taille.

qualiopi et handicap

L’indicateur 26 Qualiopi est le point de convergence, mais la démarche d’accessibilité s’étend bien au-delà. Elle engage votre communication, votre recueil des besoins, vos pratiques pédagogiques, vos partenariats et votre amélioration continue.

Désigner un référent handicap, construire un réseau de partenaires, adapter vos supports et tracer vos actions : ce sont des étapes concrètes, accessibles, qui font la différence entre une conformité de façade et une démarche qui tient la route en audit comme sur le terrain.

Pour conclure sur Qualiopi et le handicap

En résumé, Qualiopi et handicap invitent chaque organisme de formation à structurer une organisation handi-accueillante : information claire, référent handicap identifié, réseau de partenaires et démarche d’amélioration continue. Cette approche, loin d’être une contrainte supplémentaire, sécurise vos audits et renforce surtout la qualité des parcours proposés à tous vos apprenants.

FAQ

Qu’est-ce qu’un aménagement raisonnable dans le cadre de Qualiopi ?

Un aménagement raisonnable désigne toute modification ou adaptation d’une formation qui permet à une personne en situation de handicap de suivre le parcours dans des conditions équivalentes à celles des autres apprenants, sans que cela représente une charge disproportionnée pour l’organisme. Cela peut inclure l’adaptation des supports, l’allongement des délais d’évaluation, l’utilisation d’outils numériques accessibles ou l’organisation de séances en format hybride.

Un organisme de formation doit-il accueillir toutes les personnes en situation de handicap ?

Non. L’exigence Qualiopi n’impose pas à un organisme d’accepter toute situation de handicap sans discernement. Elle impose en revanche d’être organisé pour évaluer les besoins, proposer des aménagements lorsque c’est possible, et orienter vers des structures plus adaptées lorsque les ressources internes sont insuffisantes. L’orientation est une réponse valable, à condition qu’elle soit tracée et accompagnée.

Le référent handicap doit-il avoir une formation spécifique ?

Le référentiel Qualiopi ne fixe pas de qualification obligatoire pour le référent handicap. En revanche, l’auditeur s’assurera que cette personne dispose des connaissances nécessaires pour exercer ses missions. Des formations courtes existent, notamment via Centre Inffo ou AFNOR Certification, pour acquérir les bases réglementaires et pratiques.

Un organisme de formation 100 % en ligne est-il concerné par les exigences handicap de Qualiopi ?

Oui, pleinement. L’accessibilité ne se limite pas aux locaux physiques. Un organisme en ligne doit s’assurer que ses outils numériques, ses supports de cours, ses modalités d’évaluation et ses interfaces de communication sont accessibles aux personnes en situation de handicap, notamment visuel, auditif ou cognitif.

Comment l’Agefiph peut-elle aider un organisme de formation ?

L’Agefiph propose des ressources documentaires, des outils de sensibilisation et peut financer certains aménagements permettant l’accueil de personnes handicapées en formation. Elle dispose également de relais régionaux qui peuvent accompagner les organismes dans la construction de leur démarche d’accessibilité et l’identification de partenaires locaux.

Le plan d’actions handicap doit-il être présenté à l’auditeur Qualiopi ?

Oui. Un plan d’actions handicap formalisé, avec des objectifs, des responsables et des indicateurs de suivi, constitue une preuve solide de la démarche de progrès attendue par le référentiel. Il n’a pas besoin d’être exhaustif lors d’un premier audit, mais il doit exister, être mis à jour et s’inscrire dans la logique d’amélioration continue de l’organisme.

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.