Gérer un conflit entre deux collaborateurs fait partie des situations les plus délicates pour un manager, car ces tensions impactent rapidement le climat de l’équipe, la coopération et les résultats collectifs.
Conflit dans votre équipe : gérer un conflit entre deux collaborateurs avec 3 techniques de médiation pour le manager
Temps de lecture : ~6 min
Sommaire
- Comprendre ce qui se joue avant d’intervenir
- Gérer un conflit entre deux collaborateurs : la technique des entretiens séparés
- La médiation à deux : cadrer l’échange pour le rendre productif
- Construire une solution gagnant-gagnant
- À faire et à ne pas faire
- Assurer le suivi après la médiation
- FAQ
- Gérer un conflit dans votre équipe avec méthode et neutralité
Un désaccord entre deux collaborateurs peut rester discret pendant plusieurs semaines, puis éclater au mauvais moment. La tension monte, les échanges se crispent, les autres membres de l’équipe prennent position sans le dire, et vous vous retrouvez à gérer une situation que personne n’a anticipée. Savoir gérer un conflit entre deux collaborateurs fait partie des compétences managérielles les plus exigeantes, précisément parce qu’elles mobilisent à la fois votre capacité d’écoute, votre neutralité et votre autorité. Cet article vous propose trois techniques concrètes, issues du coaching et de la médiation professionnelle, pour intervenir avec méthode et sortir de l’impasse.
Comprendre ce qui se joue avant d’intervenir
Identifier les signaux et le contexte du conflit
Intervenir trop tôt peut aggraver les choses. Intervenir trop tard aussi. La première étape consiste donc à observer la situation avant de prendre la moindre décision.

Un conflit entre collègues prend rarement la forme d’une dispute franche. Il se manifeste d’abord par des signaux faibles : des silences en réunion, des échanges de mails à la place des conversations directes, des remarques passives-agressives, un refus de collaborer sur certains sujets. Ces signaux méritent attention, car ils indiquent que quelque chose s’est cassé dans la relation de travail.
Avant d’organiser quoi que ce soit, posez-vous quelques questions simples. Depuis combien de temps cette tension existe-t-elle ? Est-elle liée à un événement précis ou à une accumulation ? Y a-t-il un déséquilibre de charge, une ambiguïté dans les rôles, un manque de clarté dans les responsabilités ? Les réponses à ces questions orienteront votre intervention.
Il y a également une situation qui change complètement la donne : lorsque le conflit implique des comportements inappropriés, comme des humiliations répétées, de l’isolement délibéré ou des menaces. Dans ce cas, vous ne gérez plus un désaccord, vous faites face à une situation qui nécessite une escalade immédiate vers les ressources humaines ou la direction. Inutile d’attendre.
Gérer un conflit entre deux collaborateurs : la technique des entretiens séparés
La première technique, et souvent la plus efficace pour désamorcer une situation tendue, consiste à rencontrer chaque collaborateur individuellement avant toute réunion commune.
L’objectif de ces entretiens séparés n’est pas de recueillir des preuves ni de trancher. C’est de permettre à chaque personne de s’exprimer librement, sans la pression du regard de l’autre. Quand les deux parties sont dans la même pièce, chacune joue un rôle. Seul face à vous, chacune peut dire ce qu’elle ressent vraiment.
Pendant ces entretiens, votre posture compte autant que vos questions. Vous écoutez sans interrompre, sans commenter, sans prendre parti. Vous laissez la personne raconter les faits tels qu’elle les perçoit. Vous posez des questions ouvertes : « Qu’est-ce qui s’est passé selon vous ? », « Comment avez-vous vécu cette situation ? », « Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile en ce moment ? »
Quelques formulations utiles à garder en tête
« Je vous reçois pour comprendre votre point de vue, pas pour juger. » « Pouvez-vous me décrire ce que vous avez observé concrètement ? » « Qu’attendez-vous de cette situation à court terme ? »
Ces entretiens permettent de faire baisser la pression émotionnelle de chaque côté, de recueillir les faits sans les déformer et de préparer la réunion commune avec une vision plus complète de ce qui s’est réellement passé.
La médiation à deux : cadrer l’échange pour le rendre productif
Une fois les entretiens individuels réalisés, vous disposez d’une lecture plus précise du conflit. Vient alors la deuxième technique : organiser une réunion de médiation entre les deux collaborateurs, avec vous en position de tiers facilitateur.
Cette réunion ne s’improvise pas. Elle se prépare et se cadre. Avant de commencer, posez les règles du jeu à voix haute : chacun parle à tour de rôle, personne n’interrompt, les propos restent factuels, l’objectif de la réunion est de trouver une solution commune, pas de désigner un coupable.
Le déroulé peut suivre cette séquence : chaque collaborateur exprime sa perception de la situation en utilisant des formulations à la première personne. « J’ai eu l’impression que… », « Quand tu fais cela, je ressens… », « Ce qui m’a posé problème, c’est… ». Cette approche, recommandée notamment par des travaux universitaires sur la gestion des conflits en équipe, permet de décrire des comportements observables sans attaquer la personne.
Votre rôle pendant cet échange est de reformuler régulièrement. La reformulation est un outil puissant et souvent sous-utilisé. Elle consiste à reprendre ce que vient de dire un collaborateur avec vos propres mots, pour vérifier la compréhension et montrer que vous avez écouté. « Si je vous comprends bien, ce qui vous a dérangé, c’est que la décision a été prise sans vous consulter, c’est bien ça ? » Cette reformulation a deux effets : elle valide la personne qui vient de parler, et elle permet à l’autre de comprendre le ressenti de son collègue sans se sentir attaqué.
Construire une solution gagnant-gagnant
Orienter la discussion vers la solution
La troisième technique est celle qui transforme une médiation en résolution durable. Elle consiste à orienter la discussion vers la recherche d’une solution commune, plutôt que vers la recherche d’un coupable.

Beaucoup de managers tombent dans le piège de l’arbitrage : ils tranchent, ils décident qui a tort, ils imposent une solution. Ce réflexe est compréhensible, mais il laisse souvent une frustration de chaque côté et ne règle pas les causes profondes du désaccord.
L’approche gagnant-gagnant part d’une question différente : « Qu’est-ce qui permettrait à chacun de vous de travailler correctement ensemble ? » Cette question déplace le regard du passé vers l’avenir, du problème vers la solution.
Concrètement, vous pouvez demander à chaque collaborateur ce dont il a besoin pour que la situation s’améliore. Puis vous cherchez ensemble les points de convergence. Il arrive souvent que les deux parties aient des besoins compatibles, mais qu’elles n’aient jamais pris le temps de se les dire clairement.
Une fois qu’une solution est esquissée, formalisez-la. Pas forcément par écrit, mais au moins oralement, devant les deux personnes. « Nous sommes d’accord sur le fait que… et que vous allez chacun… C’est bien ce que vous retenez ? » Cette validation finale est importante : elle marque la clôture du conflit et engage les deux parties sur la suite.
À faire et à ne pas faire
| À faire | À ne pas faire |
|---|---|
| Observer avant d’intervenir | Prendre parti dès le début |
| Recevoir chaque personne séparément | Organiser une confrontation sans préparation |
| Écouter sans interrompre | Couper la parole pour corriger |
| Reformuler pour vérifier la compréhension | Résumer à votre façon sans vérifier |
| Chercher une solution commune | Trancher seul sans impliquer les parties |
| Valider l’accord des deux côtés | Clôturer sans confirmation mutuelle |
| Faire un suivi dans les jours suivants | Considérer le sujet clos après une seule réunion |
Assurer le suivi après la médiation
Une médiation réussie ne se mesure pas à la qualité de la réunion, mais à ce qui se passe dans les jours et les semaines suivantes. Le suivi est la partie que les managers oublient le plus souvent, et c’est pourtant là que tout se joue.

Prévoyez un point individuel avec chaque collaborateur une semaine après la réunion. Pas pour rouvrir le dossier, mais pour vérifier que la situation évolue dans le bon sens. « Comment ça se passe depuis notre échange ? » suffit souvent à maintenir la dynamique et à détecter une rechute avant qu’elle ne s’installe.
Si la tension revient malgré vos efforts, cela peut signaler quelque chose de plus profond : un problème d’organisation, une ambiguïté dans les rôles, une culture d’équipe qui génère de la compétition là où il faudrait de la coopération. Dans ce cas, il peut être utile d’envisager un accompagnement externe, que ce soit via les ressources humaines ou un coach professionnel.
FAQ
Quand un manager doit-il intervenir dans un conflit entre collaborateurs ?
Dès que la tension affecte le travail, la communication ou le climat d’équipe. Vous n’avez pas à attendre que la situation explose. Des signaux comme l’évitement, les non-dits répétés ou les plaintes indirectes sont suffisants pour justifier une intervention préventive.
Quelle est la différence entre arbitrage et médiation ?
L’arbitrage consiste à trancher : le manager décide qui a raison et impose une solution. La médiation consiste à faciliter : le manager crée les conditions pour que les deux parties trouvent elles-mêmes une issue. La médiation produit des solutions plus durables, car les personnes concernées s’y engagent volontairement.
Que faire si l’un des deux collaborateurs refuse de participer à la médiation ?
Un refus de participer est lui-même une information. Il peut indiquer une peur, une méfiance ou une conviction que la situation est sans issue. Dans ce cas, un entretien individuel préalable plus approfondi s’impose, avec une explication claire de l’objectif et du cadre. Si le refus persiste, les ressources humaines doivent être impliquées.
Faut-il formaliser par écrit l’accord issu de la médiation ?
Pas systématiquement. Pour des désaccords relationnels, une validation orale devant les deux parties suffit souvent. Pour des conflits liés à des responsabilités, des périmètres ou des modes de fonctionnement, une note interne ou un compte-rendu de réunion peut être utile pour éviter les réinterprétations ultérieures.
Gérer un conflit dans votre équipe avec méthode et neutralité
Gérer un conflit entre deux collaborateurs demande de la méthode, de la neutralité et une vraie capacité d’écoute. Les trois techniques décrites ici, les entretiens séparés, la médiation encadrée et la recherche d’une solution commune, ne sont pas des recettes magiques. Ce sont des outils qui fonctionnent lorsqu’ils sont appliqués avec rigueur et sincérité. Si vous sentez que certaines tensions dans votre équipe dépassent le cadre d’une médiation interne, ou que votre posture managériale elle-même mérite d’être questionnée, un regard extérieur peut changer la donne. Vous pouvez explorer cette piste sur la page dédiée à l’impact d’un accompagnement professionnel.